Vendredi 30 octobre 2009
Publié dans Actualité Politique, Actualité Politique en France
L’affaire Clearstream est un nœud de paradoxes. Les semaines du procès, les journalistes nous ont abreuvés de ce genre d’incipit afin d’amorcer leurs articles. Bien malin celui qui débuterait sa prose autrement. Un mois d’un procès à bout de souffle, qui a ouvert le 21 septembre pour se clore le 23 octobre, où chaque jour la vérité est devenue un peu moins claire, une de ces grandes saga politico-juridique qui marquera la cinquième république, la marque d’une rivalité politique au sommet, entre deux hommes politiques, des plus brillants de leur génération, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin.
Les versions se contredisent, « c’est à n’y rien comprendre », affirment les journalistes et les curieux venus assister au procès. Chaque acteur du procès revêt différents masques, responsabilités, professions, avec toujours la marque du secret, qui apparait en filigrane :
Jean Louis Gergorin, ex numéro trois d’EADS, est persuadé que l’ancien patron d’EADS, Jean marc Lagardère a été assassiné du fait de certaines rivalités avec le numéro un de Thomson. Il se méfie depuis de tout et de tout le monde.
Imad Lahoud, l’agrégé de mathématique, informaticien, trader, dont l’identité est finalement un mystère, mais que beaucoup qualifient volontiers de “véritable mythomane”.
Le général Rondot, le respecté maître de la DGSE, qui a arrêté le terroriste Carlos en 1994, et ses fameux carnets, dans lesquels il affirme noter mot pour mot ce qu’il a entendu, et surtout, que dès janvier 2004 le nom de Nicolas Sarkozy avait été mentionné lors de la rencontre avec Jean Louis Gergorin, lui-même et Dominique de Villepin, ce que ce dernier dément.
Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur, Premier ministre, et maintenant avocat, affirme à la barre qu’il ne pouvait pas informer son successeur place Beauvau du dossier Clearstream, car « un homme politique doit se baser sur des certitudes », et que lui aurait-il transmis, il n’avait “pas de notes”.
Nicolas Sarkozy enfin, ancien secrétaire général de l’UMP, ancien ministre de l’Intérieur et de l’économie, désormais Président et partie civile, étrangeté qui fait couler beaucoup d’encre dans la presse étrangère.
Le monde politique français revêt dans cette affaire un de ces masques napolitains, dont l’expression est un curieux mélange de folie et de mélancolie. Et les témoignages du procès se mêlent et s’entremêlent pour finalement embrouiller plus qu’éclaircir leurs auditeurs, et donner des airs de comédie tragique à la justice française.
Quelques nœuds du dossier Clearstream :
- L’accusation : complicité par abstention (18 mois avec sursis), juridiquement peu viable. Pourquoi ne pas accuser Nicolas Sarkozy lui-même au encore Michel Alliot-Marie, alors ministre de la Défense au courant de l’affaire, et qui se sont gardés d’en avertir aussitôt les autorités juridiques ?
- La falsification des listings : qui a falsifié les listings de Clearstream ? Imad Lahoud sur ordre de Jean Louis Gergorin ? Imad Lahoud à sa propre initiative comme l’affirme J.L Gergorin ?
- Dominique de Villepin et les Listings : Dominique de Villepin avait-il eu connaissance de ces listings, et surtout qu’elle accusait son adversaire politique ?
- Dominique de Villepin : Dominique de Villepin a-t-il eut à faire à Imad Lahoud, l’informaticien-trader prof de math, ce qu’il nie ?
‘La vérité est ailleurs’, ou du moins les acteurs de ce procès la rendent impossible à saisir.
Une chose est sûre, Dominique de Villepin semble bel et bien aguerri et désormais près à affronter frontalement son plus grand adversaire politique, Nicolas Sarkozy, non plus dans les coulisses du pouvoir, mais sur la grande place de la république, avec les Français pour seuls juges, et leurs bulletins pour seules armes.
Un sondage publié par le Figaro indique que selon les Français, le plus grand adversaire de Nicolas Sarkozy en 2012 ne serait plus ni Ségolène Royale, ni Dominique Strauss Kahn ou encore Marie Le Pen, mais Dominique de Villepin. Un revirement étonnant.
A la maison de l’Amérique Latine, le 27 octobre au soir, Dominique de Villepin s’est placé, pour la première fois sans équivoque possible, comme “une alternative républicaine” face à Nicolas Sarkozy, devant les membres de son club, des dizaines de journalistes, des hommes politiques et en première ligne Brigitte Girardin, présidente du Club Villepin.
Verdict du procès Clearstream le 28 janvier, jour de l’anniversaire de Nicolas Sarkozy.
C .P
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