Rechercher : dans

Conflit russo-géorgien: la diplomatie européenne en action

Samedi 20 septembre 2008

  Publié dans Actualité Politique en Asie, Actualité Politique en Russie, Actualité politique en Europe

  Voir le Forum Politique


carte du sud caucase, la documentation française

Nicolas Sarkozy, à la tête de l’Union européenne depuis juillet, qui a débarqué à Moscou mardi 12 août, a su convaincre son homologue russe Dimitri Medvedev d’un nécessaire cessez le feu.

Les faits sont clairs : le président pro-occidental géorgien Mikhaïl Saakachvili a lancé une offensive militaire dans la nuit du 7 au 8 août 2008 contre l’Ossétie du Sud, province séparatiste située au nord est du pays. La Russie riposte par des bombardements successifs allant jusqu’à atteindre Tbilissi et l’oléoduc BTC (Bakou, Tbilissi, Ceyhan) reliant Bakou à la mer noir en passant par Tbilissi.

Moins évidentes à comprendre, les réactions des grandes puissances à cette nouvelle conflagration caucasienne. Les Etats Unis accusent clairement la Russie d’une réaction « disproportionnée et dangereuse », et les Européens affichent une position plus nuancée en appelant à l’arrêt des hostilités. La France a la présidence du Conseil européen. Sarkozy est l’homme de la situation et obtient une promesse de cessez-le-feu de la Russie. Il énerve par sa méthode cow-boy solitaire mais ne peut être critiqué pour son manque d’efficacité.

Pourquoi ces réactions internationales mitigées alors que les Géorgiens restent les premiers agresseurs ?

Les sources du conflit remontent à la veille de la chute de l’empire soviétique, en 1989, alors que l’Ossétie du Sud, créé par l’URSS en 1922, déclare son autonomie vis-à-vis de la République socialiste soviétique de Géorgie. La Géorgie devient indépendante en 1991 mais le conflit en Ossétie se poursuit jusqu’en juin 1992, où dirigeants russe, ossète et géorgien signent un armistice et conviennent de la création d’une force de paix tripartite composée de 500 hommes.

Dans la nouvelle géopolitique post-guerre froide, il s’agit pour les Etats-Unis d’arrimer les anciennes provinces soviétiques à son propre système de défense, via l’OTAN, ce que la Russie voit d’un très mauvais œil.

D’un point de vue plus politique, l’Ukraine comme la Géorgie ont été touchés par les Révolutions des couleurs, orange et rose, mettant au pouvoir des dirigeants pro-occidentaux. Mikahaïl Saakachvili incarna ainsi l’espoir démocratique lors de la Révolution des roses en 2003. D’autre part, les deux Etats de l’ex-URSS se sont rapprochés de l’Union européenne via des accords d’association, issu de la politique de voisinage européenne lancée en 2003.

Malgré l’échec des négociations d’adhésion de la Géorgie à l’OTAN, cette occidentalisation à la frontière sud de la fédération provoque un raidissement russe et en mars 2008 le parlement russe exhorte le Kremlin à reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, seconde région séparatiste de Géorgie. Moscou décide alors d’envoyer des troupes supplémentaires en Ossétie du Sud.

C’est dans ce contexte que le président géorgien, décrit comme ambitieux, impulsif et imprévisible, a lancé ses troupes contre l’Ossétie du sud le 7 août dernier, sûr du soutien occidental.

Des intérêts énergétiques viennent par ailleurs complexifier les relations russo-géorgiennes. Le gaz et le pétrole acheminé via Tbilissi, via l’oléoduc BTC font directement concurrence à la primauté russe dans le secteur énergétique.

Que nous enseigne ce conflit ?

La fin de la guerre froide n’a pas eu raison de toutes les sources de conflits russo-américains.

La Russie a montré qu’elle était restée une puissance de premier ordre, en parvenant à immobiliser les troupes géorgiennes en à peine une semaine, au point de menacer Tbilissi, la capitale. Ceci alors que des tensions étaient survenues ces derniers temps entre la Russie et les Etats-Unis, au sujet de l’établissement d’un bouclier anti-missile en Europe de l’Est.

Le conflit caucasien démontre que la surpuissance américaine ne permet plus d’assurer l’ordre mondial. La Russie, depuis 2000 et l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, cherche en effet à redevenir un acteur majeur dans les relations internationales.

C’est dans ce contexte que l’Union européenne, à travers la présidence française actuelle, a démontré qu’elle était un acteur international indispensable. Et la visite de Condoleezza Rice à Nicolas Sarkozy aujourd’hui même ne fait que confirmer ce nouvel état de fait, même si le cessez-le-feu reste fragile.

CP


  Réagir à cet article sur le forum