Lundi 15 septembre 2008
Publié dans Actualité Politique en Iran
Les tensions entre le pragmatisme et l’idéologie ont parcouru toute l’histoire de l’empire perse depuis ses débuts jusqu’à la création de l’Iran en 1935, lorsque le Chah Reza Pahlavi impose aux chancelleries occidentales d’appeler son pays Iran et non plus la Perse, afin de marquer son passage dans la modernité.
La décision de l’empereur Cyrus II le grand, au 6ème siècle avant J.C, de laisser une relative autonomie aux minorités religieuses et communautaires de l’empire perse, telle qu’elle s’appliqua alors aux Hébreux, comme aux Egyptiens et aux Babyloniens, marque cette volonté de pragmatisme.
Le livre de Bozeman, Politics and Culture in International History rappelle à cet égard que Cyrus II est le premier souverain de l’histoire humaine à avoir su établir « une société internationale », dans la mesure où la prudence guidait son action et non l’idéologie. L’empire perse parvint à maintenir la paix au sein de son empire durant plus de deux cents ans, jusqu’à l’invasion grecque d’Alexandre de Macédoine en 334 avant J.C. Son respect pour la diversité culturelle des peuples soumis est une des causes fondamentales du maintien de l’empire perse, par ailleurs. Ce dernier a donc précédé l’empire romain dans son pragmatisme et sa prudence vis-à-vis de ses diverses communautés.
Ramazani dans son article « Ideology and pragmatism in Iran’s Foreign Policy » perçoit ainsi Cyrus, souverain achéménide, comme le premier « humaniste séculaire » et conclut que les Iraniens ont, comme les occidentaux, développé des tendances séculaires dans leur politique étrangère.
Le premier tournant s’effectue avec la dynastie des Sassanides qui règne sur l’Iran, de 226 à 641 après J.C. Utilisant la mémoire prestigieuse de la dynastie achéménide dont était issu Cyrus le grand, elle cherche à universaliser son modèle, et impose alors à son peuple le zoroastrisme, sorte de dualisme reposant sur la bataille entre le bien et le mal, qui devient la religion officielle des Perses.
Ramanzani considère que la politique étrangère de l’empire était ainsi plus dictée par des préceptes idéologiques que des considérations pragmatiques et explique que cette période mena à une véritable « idéologisation de l’Etat ». Il cite alors le fondateur de l’empire sassanide, Ardashir I dans son testament à son fils, Shahpur I : « Considère l’autel et le trône comme inséparable ; ils doivent toujours se soutenir l’un et l’autre. Un souverain sans religion est un tyran ». Cette citation n’est pas sans nous rappeler les préceptes de l’ayatollah Khomeyni lors de la révolution iranienne.
Les Safavides, qui dominent l’empire perse de 1502 à 1736, cherchent à faire revivre l’empire sassanide avec les mêmes prétentions à l’universalité. De la même manière que les Sassanides ont imposé le zoroastrisme, les Safavides font du chiisme la religion d’Etat. Cette décision semble ici se justifier par la crainte de l’empire ottoman à majorité sunnite.
Que peuvent nous apprendre ces exemples ? D’une part, on observe que la volonté d’imposer une religion d’Etat provient souvent d’un besoin de légitimation d’une nouvelle dynastie au pouvoir, les Sassanides, puis les Safavides, et en outre qu’elle tend à s’opposer à un voisin menaçant. Si l’on analyse l’Iran révolutionnaire, Khomeyni s’affirme de la même manière comme le guide suprême de la nation iranienne et grand ayatollah chiite ce qui lui procure non seulement le règne terrestre mais aussi la légitimité céleste. En outre, il déclare faire front contre un occident manipulateur et rompt avec la politique étrangère du Chah. On retrouve ici les même conduites à travers l’histoire, et les mêmes besoins de légitimation du pouvoir.
La Révolution constitutionnelle iranienne de 1906 fait de la Perse une monarchie parlementaire dotée de sa propre constitution et marque une nouvelle rupture dans la nature de sa politique. Les révolutionnaires souhaitent non seulement l’indépendance de l’Etat par rapport à tout contrôle étranger mais aussi la libération du peuple perse vis-à-vis de la tyrannie du précédent roi.
L’intérêt national doit dès lors prévaloir sur les intérêts claniques et doit s’imposer dans la politique étrangère de la Perse. Comme Ramazani le souligne, l’idée même d’intérêt national dans la définition d’une politique étrangère était alors étroitement imbriquée « au concept de démocratie constitutionnelle ou de gouvernement représentatif ».
En outre, la décision du premier ministre Mossadeq de nationaliser le pétrole iranien en 1951 n’était pas juste le reflet « d’une croisade nationaliste » mais au contraire la démonstration d’une volonté de défendre avec réalisme l’intérêt national iranien.
Le coup d’Etat fomenté alors par la Central Intelligence Agency (CIA) contre Mossadeq marque un tournant de ce point de vue. « L’intérêt national semble alors devenir le synonyme de l’intérêt de la dynastie Pahlavi ». Ce tournant aura une incidence directe sur les causes de la seconde révolution iranienne, religieuse cette fois-ci, la révolution khomeyniste, dont les préceptes signent en grande partie, nous le verrons, la rupture des relations israélo-iraniennes.
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