Lundi 15 septembre 2008
Publié dans Actualité Politique en Iran
Le panislamisme développé par l’ayatollah Khomeyni vise à se substituer au panarabisme défendu par le défunt leader égyptien Gamal Abdel Nasser. Perdus les alliés américain et israélien, le guide suprême cherche de nouveaux points d’accroche dans la région. Sa position élevée dans la hiérarchie du clergé chiite et l’importance de la communauté chiite d’Iran, 62 millions sur 70 millions d’habitants, lui permettent de défendre un Iran guide d’un monde chiite sans frontière.
La difficulté est de dépasser l’animosité traditionnelle entre arabe et perse et l’ayatollah se heurte à une autre difficulté majeure, les chiites ne représentent que près de 20% des musulmans, l’autre partie étant d’allégeance sunnite. En outre, les pays arabes ne sont pas près de lui laisser le rôle du guide religieux et politique de leur minorité chiite, traditionnellement soumise à une discrimination politique, économique et religieuse.
Cette volonté de fédérer le monde musulman à travers le même « drapeau » islamique se démontre aussi par le nouveau nom de l’Etat iranien : « la République islamique d’Iran ». L’islam doit sceller l’union de l’Iran avec le Monde arabe. Mais très vite les stratégies d’exportation de la révolution iranienne, dès la guerre Iran-Irak, démontrent leurs faiblesses et finissent par échouer.
Dans le monde musulman, la propagande irakienne dénonce alors la dimension sectaire et « perse » des religieux chiites iraniens. Pour contrer cette attaque l’Iran développe le thème de la « libération de Jérusalem », un thème fédérateur pour tous les musulmans, et développe, dès 1980, une alliance avec la Syrie, contre l’ennemi commun, l’Irak.
Les gardiens de la Révolution, les Pasdarans, milice du grand ayatollah, soutiennent ainsi les Libanais dans leur guerre civile et contre l’ « Etat sioniste » israélien. Ils participent activement à la création du mouvement chiite du Hezbollah, le « parti de Dieu », au début des années 80, branche dissidente du Amal, organisation créée au début des années 70.
Les chiites deviennent alors avec les Palestiniens les principaux adversaires d’Israël. Mais, l’Iran ne parvient pas à dépasser les clivages entre sunnites et chiites et échoue dans sa volonté d’exporter la révolution islamique. « L’insistance des révolutionnaires iraniens sur le rôle de l’imam Khomeyni, souvent assimilé à l’Imam caché, au Mahdi, choque les sunnites qui y voient une tentative de placer Khomeyni à l’égal de Mohammad le prophète », explique Oliver Roy. « L’idéologie pan-chiite » de l’Iran le met donc en porte à faux face à l’islam majoritairement sunnite, y compris au MO et en Asie.
L’Iran a de plus un adversaire de taille dans la région, l’Arabie Saoudite, qui devient progressivement le plus grand bailleur de fonds des mouvements islamistes. Ils financent par exemple le Front Islamique du Salut (FIS) algérien et le Hamas palestinien. Il y a bien diverses tentatives iraniennes pour mobiliser les mouvements chiites de la région, en Irak, au Liban, au Bahreïn et en Afghanistan.
Mais, les sunnites sont tout aussi actifs, en Egypte, avec la très puissante organisation des frères musulmans et en Afghanistan avec le mouvement des Moudjahiddines du peuple, par exemple. Par conséquent, l’Iran ne s’impose pas en tant que leader du monde musulman et s’il tente une récupération verbale de ces mouvements, il échoue généralement à en prendre la tête.
La guerre avec son voisin irakien l’oblige très vite à défendre son propre intérêt dans la région. Dès lors, les considérations géopolitiques prennent le dessus dans la politique étrangère iranienne.
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