Lundi 15 septembre 2008
Publié dans Actualité Politique en Iran
La Révolution islamique a tenté de créer une politique extérieure islamique. Voulant défendre l’intérêt du monde musulman en général, elle s’est heurtée à des réalités politiques et se retrouve obligée d’affronter des problématiques toutes nationales, telle que sa propre légitimité politique.
L’Iran apparaît en effet très vite plus soucieux de ses intérêts nationaux que de la victoire des mouvements islamistes, y compris chiites. En 1984, les dirigeants iraniens doivent justifier leur décision d’avoir envahi l’Irak en juin-juillet 1982 envers la population, ce qui les obligent à utiliser un registre plus nationaliste. Cette décision avait en effet isolé l’Iran par rapport à l’opinion publique arabe. Le mot mihan, patrie, fait ainsi son apparition dans les discours de l’imam Khomeyni.
A ce glissement correspond ainsi une approche plus réaliste de la situation internationale, dans la mesure où elle vise à défendre les intérêts nationaux iraniens et non plus une idéologie révolutionnaire. Les organisations chiites appuyées par l’Iran deviennent rapidement des instruments aux mains des Iraniens afin de défendre leurs propres intérêts, et non des moteurs d’un mouvement révolutionnaire porteur de sa propre dynamique.
En outre, même la solidarité chiite va être sacrifiée aux intérêts de l’Etat de l’Iran. Les chiites irakiens sont abandonnés à eux-mêmes à deux reprises : lors de l’acceptation du cessez-le-feu avec l’Irak en juillet 1988, mais surtout en février 1991 lorsque Saddam Hussein lance une répression impitoyable contre les chiites révoltés du sud de l’Irak.
Les chiites étrangers les plus pro-iraniens, en Afghanistan, au Liban et en Irak, prennent alors leur distance. Cette décision correspond à une vision plus pragmatique des relations internationales. L’Iran est affaibli en 1986 et se retrouve complètement isolée sur la scène internationale, surtout après les actions terroristes de 1985 tels que les enlèvements des français Michel Seurat et Jean Paul Kauffmann au Liban.
Le président Rafsandjani comprend qu’il est alors nécessaire de changer d’orientation et adopte une attitude plus réaliste par rapport à la nouvelle situation régionale qui suit la guerre avec l’Irak, la deuxième guerre du golfe et l’effondrement de l’URSS.
La deuxième guerre du golfe qui oppose l’Irak à la coalition alliée en 1990-1991 est l’occasion pour l’Iran de se réinsérer dans le concert des nations. Il rétablit des relations diplomatiques avec des pays de la région comme avec son voisin saoudien en 1991. Cependant, il reste prudent dans la gestion du conflit. Tout en condamnant l’intervention américaine, il se garde bien de gêner les opérations militaires alliées.
« La flotte du grand Satan est à portée de canons du rivage iranien ; pourtant aucun attentat imputable à l’Iran ne viendra menacer le corps expéditionnaire américain », constate Olivier Roy.
Le pragmatisme est à nouveau maître dans la politique étrangère iranienne, comme si la révolution islamique n’avait été qu’une parenthèse à cet égard. Si l’on observe avec un peu de distanciation la politique étrangère iranienne du Chah et celle du président iranien actuel, on observe une surprenante continuité, même envers Israël.
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