Lundi 15 septembre 2008
Publié dans Actualité Politique en Iran
Le programme nucléaire iranien est loin d’être apparu en 2002. Il est le fruit d’une collaboration active du Chah avec les EU, et aussi avec la France. Dès les années 60, la doctrine Nixon poussait les EU à choisir l’Iran comme allié stratégique dans le golfe. Et l’Iran était l’allié du golfe persique, avec l’Arabie Saoudite.
En 1955, l’Iran signe le pacte de Bagdad, alliance militaire d’Etats du MO avec les EU. En 1957, l’Iran adhère à l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique, et débute le développement de son programme nucléaire, en collaboration avec les EU. Il signe le Traité de Non Prolifération (TNP) en 1968. En 2002, l’annonce par un groupe dissident iranien de ce programme nucléaire, prouve qu’il ne s’est réellement jamais interrompu.
Une autre constante de la politique étrangère iranienne est le refus d’un remodelage du MO sur des frontières ethniques. L’Iran est un pays multiethnique, mêlant Turkmènes, Kurdes, Perses…et il n’est pas question pour lui d’accorder leur autonomie à ces minorités. Ainsi, l’abandon brutal des Kurdes irakiens par le Chah en 1975, alors qu’un accord a été trouvé avec l’Irak, est l’équivalent de l’abandon des chiites irakiens par la République islamique en mars 1991.
Enfin, l’alliance du Chah avec Israël était assortie de nombreuses limites. Tout d’abord elle ne s’est jamais accompagnée d’une reconnaissance officielle, dans la mesure où il n’y eut jamais d’échange d’ambassadeurs entre les deux pays. En outre, dès la guerre des 6 jours de 1967, le Chah a un discours très critique vis-à-vis de la politique étrangère israélienne et ne lui apporte en aucune circonstance son soutien public.
Toutefois, la collaboration stratégique était importante entre les deux pays, mais l’Iran du Chah ne souhaitait pas particulièrement la mettre en avant, les voisins arabes auraient pu ne pas apprécier. Par ailleurs, cette collaboration ne s’est pas rompue avec la révolution Khomeyniste, lorsque le besoin s’en fit sentir, elle reprit, pendant la guerre Iran-Irak, alors que les deux pays avaient un intérêt direct à collaborer.
Ainsi, si l’intérêt iranien rejoint celui d’Israël, l’Iran islamique et l’Etat d’Israël n’hésitent pas à s’allier, malgré le discours radical du grand ayatollah Khomeyni qui déclare « vouloir rayer Israël de la carte ». Le pragmatisme paraît ainsi prévaloir sur les logiques plus idéologiques qui accompagnent l’Iran post-révolutionnaire. De la même manière, l’Iran finit par défendre l’intérêt national plutôt que l’intérêt de l’ umma.
Nous avons aussi constaté la tradition pragmatique de la politique étrangère iranienne, à travers son histoire, à commencer par la Perse de Cyrus II le Grand. L’idéologie revient souvent pour légitimer de nouvelles dynasties, des Sassanides jusqu’à la République des Ayatollahs, en passant par les Safavides, auprès de la population.
Par conséquent, si l’idéologie sert à soutenir la politique étrangère iranienne à maintes occasions, elle n’en est pas l’explication profonde. Comment expliquer dès lors la rupture israélo-iranienne? Est-il réaliste de la dater de la révolution iranienne ?
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